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MONTOLIEU : La manufacture royale (Impasse de la Manufacture)
"Il y a ici une très bonne manufacture royale de draps. Les fabricants prétendent y faire les plus beaux draps de la Province à l'envi de ceux de Pennautier..." De Genssane, Histoire Naturelle du Languedoc, 1778, t. IV
Montolieu est une des plus anciennes places drapières de la Province: dés 1312, une charte de Philippe Le Bel en dispense les habitants du payement des droits de leude et de paréage pour les laines, fils, filasses et draps et que l'abbé et les Bénédictins, seigneurs de Montolieu et bénéficiaires desdites taxes, mirent prés de vingt ans à en permettre l'application.
Installée sur la rive droite de la Dure, au pied de l'éperon rocheux qui porte le village, la manufacture actuelle occupe l'emplacement d'un ancien moulin et d'ateliers de lavage et de teinture des laines, le béal, propriété des religieux et construit aux alentours de 1600, alimentant enfin un foulon situé immédiatement en aval. Vers 1660, cet établissement qui appartenait à François ALLEMAND est acheté par Anthoine Ramel, fabriquant de draps, propriétaire d'un petit atelier de "Londres larges" et également bien implanté sur la place de Carcassonne. En 1693 Jeanne Ramel épouse Charles Charles Pascal, fils d'une importante famille de négociants carcassonnais qui s'associe en 1701 à Anthoine Ramel, petit-fils du premier, dans la création d'une société pour la fabrication des draps à Carcassonne et à Montolieu. C'est l'origine de la manufacture qui s'installe d'abord dans les locaux de Ramel et dont la date de création officiellement retenue est de 1718, peut-être celle des premiers ateliers de tissage concentrés.
A partir de 1722, Louis Pascal assume la direction effective de l'entreprise, améliorant les productions en introduisant de nouveaux "contremaîtres", en fait des techniciens, spécialisés dans les fabrications de grande qualité et lui permettant un développement assez rapide, allant jusqu'à louer l'ancien "palais abbatial" des bénédictins pour y installer divers ateliers, dont celui de tonte des draps, et entrepôts. Le 29/12/1731, un arrêt du Conseil d'Etat lui permet de fabriquer régulièrement des Mahoux et des Londrins premiers, c'est à dire les draps les plus fins existant, pour les vendre au Levant et 2 ans plus tard (12/01/1734) des lettres patentes signées à Versailles font de l'établissement Pascal la douzième et dernière Manufacture Royale privilégiée du Languedoc. Cela signifie qu'il comporte au moins 30 métiers battants et s'engage à fabriquer plus de 300 pièces de drap par an . En fait, la production moyenne s'établira dans les décennies qui suivent autour de 600 pièces, ce qui la placera au premier rang des entreprises du même genre de la province.
Une conséquence imprévue de cette reconnaissance officielle et des importants avantages afférents est une brouille familiale et une dizaine d'années de procès intentés par Dominique Ramel à son beau-frère et à son neveu. Le brevet royal ne mentionne en effet que le nom de Pascal sous lequel sont vendus les produits de Montolieu et l'associé, même s'il n'est plus que financier, se considère comme lésé. Resté seul, Louis Pascal a dû faire élever de nouveaux bâtiments de 1738 à 1740. A cette date, seule la maison de maître n'est pas encore achevée mais l'entreprise est en pleine expansion et le nom de Pascal partout synonyme de très grande qualité. |